Une femme de foi n'est pas une femme sans limites

🎧 À lire ou à écouter. Être une femme de foi ne signifie pas tout accepter en silence.

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Une femme de foi nest pas une femme sans limites
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Photo by Brandon Cormier / Unsplash

Ce texte est né d'une conversation, d'une saturation intérieure et de plusieurs réflexions que je gardais en silence depuis longtemps. Peut-être qu'il parlera à certaines femmes plus qu'à d'autres.


Quelqu'un de bienveillant m'a dit un jour, au milieu d'une discussion sur une situation compliquée à vivre :

"Tu es une femme de foi. Tu dois accepter. Patienter. Te calmer."

Elle le disait avec amour. Je le sais. Mais j'étais déjà saturée, alors j'ai répondu. Et le ton est monté. Parce qu'elle ne comprenait pas ma saturation, elle m'a rappelé justement que j'étais une femme de foi, une femme de prière. Comme si, naturellement, c'était un argument pour me faire taire, me calmer dans mes pensées et mon ressenti. C'est précisément ça qui m'a amenée à cette réflexion.

Accepter quoi, exactement ? Patienter comment ? Jusqu'où même ? Et me calmer parce que j'exprime quelque chose qui dérange, qui met mal à l'aise ? Ou parce que ce que j'exprime est réellement disproportionné ?

La nuance est importante.

Il existe, dans la pensée religieuse, une confusion très confortable pour tout le monde, sauf pour celle qui la subit. La confusion entre la paix et l'effacement.

"Elle ne se plaint jamais, elle est tellement dans la paix."

Sauf que cette femme-là ne se plaint pas parce qu'elle s'est tue tellement longtemps qu'elle ne sait même plus ce qu'elle ressent.

Il y a aussi la confusion entre la foi et la passivité, avec ce qui est quasiment une formule automatique :

"Dieu va faire."

Une phrase sincère, mais qui peut aussi devenir une manière de répondre à distance à quelqu'un qui avait surtout besoin d'être entendu. Ça revient à l'équivalent d'une tape sur l'épaule alors qu'on a besoin d'un câlin.

Même chose avec le pardon et l'absence de limites. .

"Tu as dit que tu avais pardonné."

Comme si pardonner obligeait à rouvrir la porte exactement comme avant.

La foi n'a jamais demandé ça.

Dans la Bible, les figures les plus solides n'étaient pas passives. Moïse dénonce. Jacob lutte toute une nuit et n'accepte pas sans avoir reçu quelque chose en retour. David pleure, crie, négocie avec Dieu. Les Psaumes sont tout sauf de la passivité silencieuse. Jésus renverse les tables du Temple : ce n'est pas un moment de colère incontrôlée, c'est un acte délibéré.

Et les femmes ? Esther a peur. Elle n'est pas courageuse parce qu'elle ne ressent rien, elle l'est malgré ce qu'elle ressent. Quand elle entre chez le roi sans y être invitée, c'est un acte qui pouvait lui coûter la vie (Esther 4:11).

Marie, on retient souvent le

"qu'il me soit fait selon ta parole",

lu comme une soumission totale. Mais Marie pose une question d'abord :

"Comment cela se fera-t-il ?"

Elle ne dit pas oui sans comprendre. Et ensuite, elle porte seule quelque chose d'immense . Une grossesse inexplicable, un fiancé qui doute, un regard social lourd. Elle tient. Pas parce qu'elle ne ressent rien, mais parce qu'elle choisit de tenir malgré tout ce que ça lui coûte. Elle a choisi.

Ces femmes ont dit stop. Elles ont agi. Elles ont réclamé. Et leur foi n'en était pas diminuée. Elle en était, même, l'expression la plus honnête.

Souffrir en silence n'est pas une preuve de maturité spirituelle. C'est souvent juste de l'épuisement qu'on a appris à appeler vertu. Le fameux "kanga motema" dans l'éducation de la femme africaine.

Tu peux être croyante et dire :

Ça m'a blessée. C'est incorrect. Je prends mes distances. Je refuse certaines attitudes. Je ne peux plus fonctionner comme avant.

Et quand tu le feras, ceux qui s'estiment vertueux ou qui bénéficiaient de ton absence de limites ne comprendront pas forcement, et te donneront l'impression que tu t'égares, que tu fais fausse route, que tu te laisses corrompre. Que tu as changé. Alors qu'en réalité tu ne feras que chercher à te réaligner avec ce qui vit en toi. Pas avec le regard extérieur, avec le regard intérieur.

La bonté sans limites devient parfois une autorisation implicite donnée aux autres de dépasser les tiennes.

Une femme de foi n'est pas une femme sans limites. Sa foi ne l'appelle pas à tout absorber. Elle lui apprend aussi à discerner, à choisir et parfois à dire non.

Prends ce dont tu as besoin pour avancer et sois heureuse.

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