J'ai parlé d'appartenance et d'identité à ma nièce. Elle m'a regardée. Elle a rien compris.
Je discutais avec ma nièce.
Elle me demandait si c'était normal de ne pas rire aux blagues des autres.
D'être la seule à ne pas rire dans un groupe.
Ça avait l'air de vraiment la travailler.
Elle voulait savoir si ça voulait dire qu'elle était bizarre.
Pas drôle.
Différente.
Je lui ai demandé :
— Mais est-ce qu'il t'arrive de rire quand même ?
Elle m'a dit que oui.
Alors je lui ai expliqué qu'elle n'était pas anormale.
Qu'elle avait son humour à elle.
Et que peut-être, elle n'était juste pas avec les bonnes personnes pour elle.
Parce que si tu ris avec certains et pas avec d'autres — ce n'est pas forcément toi le problème.
C'est l'environnement qui ne te correspond pas.
Tu peux t'adapter, oui.
Mais tu n'as pas à te forcer à rire.
Tu n'as pas à faire semblant.
Et si quelqu'un te met à l'écart parce que tu ne ris pas à ses blagues — ce n'est pas que ses blagues sont mauvaises.
C'est juste qu'elles ne sont pas pour toi.
Ce n'est pas la même chose.
En lui parlant, j'ai réalisé quelque chose.
On fait exactement ça en grandissant.
On sourit quand on n'est pas à l'aise.
On participe à des choses qui ne nous correspondent pas.
On reste dans des cercles où on se sent décalée, en se demandant ce qui ne va pas chez nous.
Pourquoi se violenter autant ?
Comme si ne pas vibrer avec les autres faisait automatiquement de nous le problème.
Alors qu'il ne s'agit pas d'être sur une autre planète.
Il s'agit d'être dans le mauvais coin de celle-ci.
Ça vaut dans une relation amoureuse.
Dans une amitié.
Dans un travail.
Dans une communauté.
On se remet en question. On remet en question sa valeur, sa façon d'être.
On se demande ce qu'on fait de travers.
Alors qu'on ne fait parfois rien de travers.
On est juste au mauvais endroit pour nous.
Et les autres n'y sont pour rien.
Ils sont eux au bon endroit.
C'est juste que nous, on n'est pas à notre place avec eux.
On est chacun une forme.
Un rond peut essayer de devenir carré.
Il y arrivera peut-être à y ressembler.
Mais il sera un carré déformé, pas vraiment à sa place dans l'espace qu'il essaie d'occuper.
Alors qu'à la base, il est le rond parfait qu'il doit être.
Et quelque part, il existe un espace dans lequel il s'insère sans forcer.
Sans se déformer.
Sans perdre sa forme d'origine.
Il a juste à le trouver.
Plus on reste malgré ça, plus ça crie à l'intérieur.
Jusqu'au jour où ce cri commence à sortir autrement — par l'impatience, l'amertume, une fatigue qu'on n'arrive pas à expliquer.
On devient difficile à vivre.
Alors qu'on est juste épuisée d'essayer de rentrer dans quelque chose qui n'a pas notre forme.
Je lui ai donc dit qu'elle avait le droit de ne pas rire quand quelque chose ne la faisait pas rire.
Qu'elle pouvait s'adapter sans se trahir.
Et que les personnes qui lui conviennent existent — elles ne sont juste pas encore toutes dans sa classe de CE1.
Ma nièce m'a regardée quelques secondes, et m'a répondu :
— J'ai rien compris.
Oui.
Je me suis emballée.
Elle avait 7 ans.